Vent de Raison

CWAPE Rapport annuel spécifique 2012

L'Evolution du marché des certificats verts.

La Commission Wallonne pour l'Energie (CWaPE) a publié en juin 2013 le "Rapport annuel spécifique 2012 de la CWaPE sur l'évolution du marché des certificats verts (CV)".

Ce document, que toute personne intéressée aux énergies renouvelables en Wallonie lira avec intérêt, comprend trois parties:

1. Une explication détaillée des mécanismes de subsides financiers qui forment le fondement du dispositif économique de la production d' "électricité verte" en Wallonie.

Trois commentaires s'imposent:

  • L'outil de base des subsides est le certificat vert (CV) dont la valeur moyenne en 2012 a été de 78,18 €. Un CV est la "récompense environnementale" accordée à un producteur pour avoir "évité" l'émission de 456 kG de CO2/MWh, le standard d'émission des centrales au gaz (TGV). Chaque type d'énergie renouvelable (principalement le photovoltaïque, l'éolien et la biomasse) se voit attribué un quota de CV par MWh produit. Ainsi, un producteur éolien a droit à 1 CV par MWh net produit.

    Une éolienne de 2 MW de puissance installée produit environ 2200 MWh/an. Elle a donc procuré en 2012 à son opérateur un subside d'environ 172 000 €. Comme le prix du MWh "classique" sur le marché en 2012 a été d'environ 45 €/MWh, générant un revenu de vente d'environ 100 000 € à l'opérateur, on voit que le prix de l'électricité éolienne est 2,7 fois celui de l'électricité "classique" (123 €/MWh éolien contre 45 €/MWh "classique"). Au total, le coût des seuls CV éoliens supporté par tous les consommateurs résidentiels a été, en 2012, de 1.58 eurocents/kWh soit environ 47 € par ménage.

  • La législation européenne, et donc wallonne, entretient depuis le départ une anomalie structurelle dans la comptabilité des énergies renouvelables . Cette anomalie consiste à comptabiliser la production d'électricité créée à partir de sources d'énergies renouvelables (E-SER) comme étant de la consommation finale. Il est évident que cette "erreur" a deux conséquences majeures:

o Elle fait l'impasse sur la différence entre E-SER produite et E-SER consommée, considérant de facto cette différence comme nulle dès lors que les producteurs on droit à au moins un CV par MWh produit, ce qui est le cas de l'éolien. En bref, toutes les inefficiences de l'éolien industriel sont actuellement comptabilisées au profit des producteurs et au détriment du consommateur. Or le gouvernement wallon s'est, jusqu'à ce jour, refusé malgré les multiples demandes de Vent de Raison, à mesurer scientifiquement ces inefficiences afin de les inclure dans le calcul des performances économiques et environnementales de l'éolien industriel qu'il promeut. Le rapport (§ 2.3.2 page 8) indique en effet que le "gain" en CO2 réalisé est bien une hypothèse non vérifiée.

o Elle institutionnalise une situation économiquement désastreuse pour le long terme puisqu'elle promeut une technologie dont les inefficiences seraient toujours payée par le consommateur, mettant ainsi hors jeu la concurrence des autres technologies au motif que l'éolien industriel fera toujours mieux puisque la loi le veut ainsi. Voir Fig 2 page 6 du rapport.

  • Le rapport ne fournit nulle part une information essentielle: quelle a été la part d'électricité importée dans la consommation finale belge et/ou wallonne en 2012 et quelle sera celle-ci en 2020, date cible des prévisions actuelles? Sans cette information, le rapport laisse dans l'ombre la question (illusoire?) de l'indépendance énergétique de la Wallonie, tant vantée par les promoteurs de l'énergie éolienne.

2. Le bilan de l' "électricité verte" en Wallonie en 2012.

Ce bilan montre (§ 3.1.5 page 33):

  • Le considérable dérapage du poste "CV photovoltaïque", résultat d'une politique imprévoyante. Le niveau moyen 2012 de subside (astronomique) a été de 455,12 €/MWh pour une production de 1,82 % de la consommation finale wallonne.
  • Le niveau moyen de subside à l'éolien 2012 a été de 78,18 €/MWh pour une production de 5,02% de la consommation final wallonne.
  • Le niveau moyen de subside à la biomasse a été de 86,41 €/MWh pour une production de 5,88 % de la consommation finale wallonne

Le rapport présente une substantielle analyse de la réduction de l'impact des CV sur les prix de l'électricité consommée par les industries (ce qui est positif pour l'emploi). Toutefois, ces réductions laissent le gros des subsides E-SER à charge des consommateurs privés.

3. Les prévisions concernant la charge financière des CV déjà créée et celle à venir.

Le tableau 20 page 48 résume une situation peu encourageante déjà exposée par Vent de Raison depuis plus d'un an. La dette créée sur la tête des consommateurs par les CV évolue comme suit (en M€, million d'€):

2012 -> 660 M€
2013 -> 900 M€
2014 -> 922 M€
..... .....
2024 -> 530 M€

Soit un total, sur la période, de 9 675 M€. La part de l'éolien se montant à environ 5 000 M€.